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Grande Halle de la Villette

2147, l’Afrique

Du mardi 24/06/2008 au samedi 28/06/2008 - 20h


Tout commence par cette phrase prononcée en juin 2004 par l’administrateur du Programme des Nations Unies pour le Développement qui prévoit, si tout va bien, la fin de la moitié de la pauvreté pour l’année 2147. A en croire le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), l’Afrique vient de reculer d’un siècle, dans l’indifférence générale. Le 15 juin, à l’issue de la réunion annuelle d’administration du PNUD, Mark Malloch Brown a annoncé qu’"au rythme actuel, l’Afrique n’atteindra pas l’objectif de réduction de moitié de la pauvreté avant 2147." Stephen Smith, Le Monde 2 juillet 2004.

2147, une date issue de la statistique, ridicule par sa précision administrative, scandaleuse par l’impuissance et le cynisme qu’elle suppose. Le metteur en scène Moïse Touré a invité le chorégraphe Jean-Claude Gallotta à l’accompagner au Sénégal et au Mali pour aller y voir de plus près, pour proposer à des artistes africains de s’exprimer avec eux sur le sujet, par la fiction, par la scène.

On sait le goût commun de Moïse Touré et Jean-Claude Gallotta pour les scènes hors théâtres, hors des circuits habituels, leur goût pour les formes libres qui n’emprisonnent pas les genres, qui ne se laissent pas dicter leur loi par les contraintes économiques. Naguère, on les a retrouvés l’un et l’autre, séparément, dans des lieux improbables, des cours d’immeubles, des écoles, des prisons, des bouts du monde. On les y a vus proposer des moments de grâce avec trois projecteurs et quatre interprètes. L’Afrique leur permet de retrouver cette âpreté-là, bien que le metteur en scène et le chorégraphe en aient au départ une vision très différente, Moïse Touré en est issu, Jean-Claude Gallotta la découvre.

En juin 2005 et janvier 2006, ils sont partis à la rencontre de danseurs et comédiens, à l’Ecole des Sables de Dakar, à l’Institut national des Arts, au Ballet national du Mali…. Ils ont rencontré à Bamako la musicienne Rokia Traoré à qui ils ont demandé de faire partie de l’aventure, ils y ont animé ensemble un stage-audition au terme duquel ils ont sélectionné neuf danseurs et acteurs africains. Parallèlement, une commande de textes a été faite à trois écrivains, le sénégalais Boubacar Boris Diop, le congolais Dieudonné Niangouna, le français Hubert Colas.Sans doute le théâtre, la danse, la musique ne peuvent-ils rien contre cette chronique d’une fatalité annoncée mais ils peuvent au moins en secouer la réalité, refuser de voir les peuples africains comme des victimes, les vouloir acteurs de leur destin.

A la phrase de Stephen Smith "il faut aimer l’Afrique sans pitié" répond, en écho, la réplique d’un des personnages de Boubacar Boris Diop : "Et vous-mêmes qu’avez-vous donné en échange à ces toubabs qui vous ont apporté des vivres ?". Ni la condescendance racialiste, ni l’imputation de tous les maux de leur terre à la tutelle coloniale, ni la contrition de l’Occident ne sauraient bien sûr ouvrir un avenir à l’Afrique.

Si toutefois, devant cette voie étroite, nous, Occidentaux, étions tentés à notre tour par le fatalisme, écoutons et ré-écoutons la fin du même discours de l’administrateur du PNUD : "Cette année, le léger rétrécissement de nos lignes de pauvreté nous a obligés à abandonner la date de 2147. Si la tendance actuelle se poursuit, la pauvreté en Afrique ne diminuera jamais de moitié".


Distribution

A partir de textes originaux de Boubacar Boris Diop, Dieudonné Niangouna, Hubert Colas Metteur en scène Moïse Touré, assisté de Jacques Prunair Chorégraphe Jean-Claude Gallotta, assisté de Karoline Boureau Musique originale Rokia Traoré Dramaturgie Claude-Henri Buffard Lumière Rémi Lamotte Son Joël Silvestre Comédiens, danseurs et musiciens : Lassann Congo (Burkina Faso), Richard Adossou (Bénin), Ténin Damba (Mali), Kary Bogoba Coulibaly (Mali), Kankouboula Doumbia (Mali), Aminata Coulibaly (Mali), Patrick-Juvet Baka (Côte d’Ivoire), Angele Kodro Aoussou (Côte d’Ivoire), Mamadou Diabaté (Mali), Lassine Diabate (Mali)

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