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Paris quartier d’été / Palais Royal

Ballet de l’Opéra national du Rhin : Maurice Béjart

Du mercredi 16 au samedi 19 juillet 2008 - 22h

par Hanae Mizumoto


(Re)Voir les pièces chorégraphiques créées il y a plus de trente, quarante ou cinquante ans évoque des sensations différentes chez les spectateurs. Les trois œuvres de Maurice Béjart présentées par le Ballet du Rhin permettent de découvrir pour certains ou retrouver pour d’autres des ballets qui se font plutôt rares dans la programmation métropolitaine.

Le Marteau sans maître (1973). Dans ce ballet abstrait qui se regarde sans trop réfléchir, on reconnaît les gestuelles béjartiennes familières : les jambes en dedans, les bras tendus, les poignets cassés, les pieds flex, etc. ; ces figures se mêlent agréablement avec celles de la danse classique à laquelle Béjart se référait toujours. Les danseurs se présentent comme des marionnettes animées par des hommes en noir qui, semblables aux kuroko du Bunraku japonais, interviennent quelques fois sur scène pour se placer derrière eux – l’image du maître disparu n’est jamais loin.

Sonate à trois (1957). Deux femmes et un homme enfermés pour l’éternité dans une chambre d’hôtel... C’est dans ce contexte anormal – inspiré par Huis-Clos de Sartre – que les trois personnages se meuvent. Ce ne sont pas tant les danseurs qui racontent l’histoire, mais l’histoire qui fait danser les personnages. Consolations, peines, joies, jalousies : les émotions essentielles des êtres humains font parler le corps. Cette pièce tournée vers les sentiments vient contraster l’explosion charnelle du Sacre du printemps, créé deux ans plus tard.

Variations pour une porte et un soupir (1965). Il y a deux ans, la pièce est entrée au répertoire de l’Opéra de Paris. Ce soir du 16 juillet, avec le Ballet du Rhin, la chorégraphie qui repose sur l’improvisation des sept danseurs, a donné à voir toute autre chose. Ce « ballet où le chorégraphe n’a pas sa place » se construit sur la variation, due non seulement au changement de pas d’un soir à l’autre, mais aussi à la qualité des corps des interprètes qui évolue en fonction de l’époque et de la compagnie. Il y a quarante ans, les danseurs n’improvisaient pas de la même façon qu’aujourd’hui : quelle chance pour ceux qui ont pu suivre le parcours improvisé que cette pièce a connu depuis sa création ! Elle continuera à vivre en posant toujours la question de l’évolution du langage chorégraphique des danseurs et de leur changement de corps.

Avec des danseurs de talent et de qualité, le Ballet du Rhin a offert au spectateur une soirée Béjart que chacun gardera dans son carnet de danse.

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