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Des traités à la scène : l’interprétation de la danse baroque

par Thamin Abdesselam


Oubliée pendant près de deux siècles, la danse baroque est revenue sur la scène grâce au foisonnement des témoignages historiques, traités sur la danse, journaux intimes, mémoires, romans, poèmes ou manuels d’éducation sociale.

Dans les salons, les ballets de cour, les bals en ville, pour la mort de Louis XIII ou en tout autre occasion, pendant des journées ou des nuits entières, elle est essentielle dans la vie de l’époque.

Dès la fin du 17e, la nécessité d’enregistrer les créations chorégraphiques a amené l’invention de systèmes de notation. Les notations Favier puis Lorin, se sont avérées insuffisantes notamment par leur manque de lisibilité. C’est le système Beauchamp-Feuillet, permettant une représentation de l’espace scénique et une description précise des pas qui s’avéra le plus pratique et permis une reproduction par les Maîtres à danser à travers toute l’Europe, à la cour d’Allemagne, d’Autriche, d’Angleterre d’Espagne ou d’Italie.

Aujourd’hui grâce au travail de chercheurs et chorégraphes comme Francine Lancelot, ou Béatrice Massin, on rejoue ces pièces de répertoire.

Extrait d’"Une entrée pour un homme et une femme", Entrées de ballets de Mr Pécour, par Mr Feuillet Maître de danse, Paris 1704.

Une expression sociale

Abstrait, le système Feuillet reste néanmoins incomplet pour retrouver l’essence et le sens de la "Belle danse" pratiquée dans les sociétés du 17e et du début du 18e siècle. Déjà à l’époque, des traités comme ceux de Rameau se sont multipliés pour combler l’insuffisance de la notation, et l’absence d’enregistrement de mouvements de têtes ou de bras, d’expressions. "La danse est une image vivante de nos actions, et une expression artificielle de nos secrètes pensées", (Colletet 1632). La capacité d’expression de la danse révèle non seulement "la grâce et l’élégance du corps mais fait voir également la gentillesse et la dextérité de l’esprit". Dans son "Traité", Rollin insiste sur le rôle du visage :"Il n’existe aucune sorte d’émotion qu’il ne puisse exprimer : il menace, il caresse, il est honnête, il est triste, il est gai, il est fier, il est humble, il témoigne de l’amitié à certains et de l’aversion à d’autres. Il laisse entendre des choses infinies, et en dit à leur sujet plus que le discours le plus éloquent".

Energies, ornements

De même, si la notation permet de retrouver les déplacements dans l’espace, la forme des pas ainsi que la relation de base entre la danse et la musique, elle ne précise pas la nature du rythme d’un déplacement ou la raison sous-jacente à l’exécution d’un pas précis. Un danseur qui effectue un déplacement de haut en bas de la scène peut effectuer une envolée de bourrées rapides ou au contraire avancer pensivement en bourrées contrôlées. Dans chaque cas, le déplacement dans l’espace est le même, mais c’est la motivation de ce déplacement qui lui confère sa couleur dramatique".

S’ajoute à ces éléments d’interprétation, l’absence de notation du port de bras dans la notation Feuillet. Il faut trouver notamment chez Rameau un traité précisant l’utilisation des ports de bras. Pour Feuillet, "les ports de bras dépendent plus du bon goût du danseur que des règles que l’on pourrait en donner. " Et Rameau : "Quelque bien qu’un danseur fasse les pas, s’il n’a point les bras doux et gracieux, sa danse ne paraîtra pas animée". Ce que Francine Lancelot résume ainsi : "Cette approche d’un travail sur l’ornementation, sur le style et la danse, ne pourra aboutir évidemment qu’avec un travail avec les musiciens. L’harmonie du corps faite d’accords et de contrastes entre jambe et bras, doit se marier dans un jeu subtil avec l’harmonie musicale".

Le travail d’orfèvrerie de la danse sur la musique, reste jusqu’à ce jour de la responsabilité des interprètes. C’est ce que Béatrice Massin entend par travail d’improvisation sur la musique. La chorégraphe qui a fait ses premiers pas en baroque aux côtés de Francine Lancelot, à l’instar des deux autres chorégraphes prédominantes de la discipline, Ana Yépes et Marie-Geneviève Massé, ne reproduit plus de pièces de répertoire tant elle s’est approprié l’esthétique et l’émotion du baroque, auxquelles elle ajoute volontiers une ornementation et une mise en scène plus contemporaines.

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