Théâtre de la Cité Internationale
samedi 16 janvier 2010,
par
Sous une moustiquaire de coton, à la lueur d’une faible ampoule, Wen Hui courbée à sa machine à coudre mécanique, fait ronronner l’aiguille méticuleuse sur des feuilles de papier blanc. La main pousse doucement les pages et l’histoire se dessine en pointillé sur chacune d’elles, alors que les moustiquaires projettent des documents sur la période de la révolution culturelle en Chine.
Une enfance et une adolescence passées dans l’admiration du guide suprême, rythmées par les animations presque quotidiennes de la propagande venue recouvrir de dazibaos les murs de la rue, les chants et les danses, les nouvelles à la radio.
L’immense joie vécue dans les slogans, la ferveur et l’adhésion collective au patriarche Mao ont pour effet d’adoucir le dénuement vécu à l’intérieur des foyers. Les heures passées à casser des pierres, à arracher des herbes, pour quelques centimes. Jusqu’à la colle des affiches récupérée par les enfants pour la confection des raviolis du nouvel an.
Pendant ce temps, le mouvement se fait également très pauvre. Ce sont les gestes répétitifs du quotidien : la moustiquaire qu’on replie, le seau d’eau en métal que l’on déplace, au-dessus duquel on fait une toillette à l’aide d’une serviette essorée, et qui sert à rafraîchir le corps, les bras, les jambes, le cou, les pieds et enfin le seau lui-même. Tout est à l’économie, l’eau, le mouvement, le volume de la voix et le récit.
On replie soigneusement la moustiquaire, on range la machine à coudre en la poussant au ralenti. Chaque geste est mesuré, pudique, discipliné.
"Le point de départ a été la recherche de la mémoire du corps. Lorsque nous pensons à cette époque, cela réveille une expérience du corps - et une liaison s’établit avec l’histoire. Des souvenirs très forts sont liés au temps de la révolution culturelle. A partir de cette idée, nous avons commencé à rechercher des marques inscrites dans notre corps."
Dans cette version courte présentée au Théâtre de la Cité Internationale dans le cadre du festival d’automne (la version intégrale dure huit heures), le temps paraît long, très long. La chorégraphe chinoise réussit à partager, grâce à cet ennui, la mémoire du geste quotidien, humble, soumis et minimaliste, à l’opposé des chorégraphies en uniformes des images de propagande.
L’expérience est pénible et s’inscrit finalement dans le corps du spectateur. Jusqu’à l’immobilité de la fin, qui reproduit le cliché photographique d’une génération dévouée, le sourire las et le doigt sur la couture.
"Memory", Wen Hui
mardi 26 janvier à 21h au Théâtre Garonne - Toulouse, Midi-Pyrénées
mercredi 27 janvier à 21h au Théâtre Garonne- Toulouse, Midi-Pyrénées
vendredi 29 janvier à 20h45 à l’Estive de Foix - Foix, Midi-Pyrénées