Interview
lundi 23 février 2009,
par
Violette Verdy, danseuse française et muse de Balanchine par excellence, fait l’objet d’un ouvrage écrit à deux mains. Le travail d’interprétation et de transmission y ont la part belle, événement rare pour la danse classique ! Florence Poudru, historienne de la danse et enseignante au C.N.S.M.D. (Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse) de Lyon, revient pour Danzine sur son travail d’écriture.
De quand date l’idée du livre ?
En premier lieu, il est nécessaire de préciser que l’idée de ce livre revient entièrement à Dominique Delouche. Dominique avait filmé Violette Verdy dans son documentaire Violette et Mr. B. à travers six transmissions de rôle. Souhaitant les retranscrire dans un livre, il contacta le Centre National de la Danse qui trouva l’idée bonne, mais lui suggéra de travailler avec un historien pour étoffer ce travail et lui donner une autre dimension. En 2006, il s’est alors dirigé vers moi. Par la suite, nous avons élaboré ce projet ensemble. La difficulté, pour moi, fut de venir en dernier. Il ne fallait pas que ma partie soit redondante par rapport aux propos de Violette.
Comment deviez-vous élaborer votre partie ?
La commande était très libre, il s’agissait de compléter d’un point de vue historique l’écrit qui retranscrivait les six leçons de danse données par Violette. Mais j’ai tenu à ce qu’il y ait également une approche esthétique de la danse, que des analyses d’œuvres chorégraphiques dansées par Violette soient faites. C’est ce qui m’intéressait. Le film évoque deux transmissions de rôle de Robbins et quatre de Balanchine. Je devais donc développer impérativement sur ces deux chorégraphes sans pour autant m’interdire d’aborder d’autres œuvres. Je souhaitais respecter la diversité et la richesse de la carrière de Violette Verdy. J’ai eu ainsi le plaisir d’approcher l’œuvre de Birgit Cullberg, pratiquement inconnue en France ! Or, c’est grâce à cette chorégraphe et à son ballet Miss Julie que Violette est partie aux Etats-Unis !
Vous vous êtes appuyée sur de nombreuses sources : livres, revues, correspondances, critiques, mais aussi sur trois entretiens que vous avez menés avec Violette Verdy. Comment reconstituer une histoire de vie de danse ?
J’ai avant tout opéré un gros travail en amont. J’ai énormément retravaillé sur Balanchine aussi bien par des lectures, en me référant aux sources américaines et françaises, que sur des vidéos. J’ai également demandé une dérogation spéciale aux Archives nationales pour consulter le dossier Balanchine, interdit pendant soixante ans, et accéder aux correspondances françaises du chorégraphe avec l’Opéra de Paris. Ensuite, j’ai dépouillé tout ce que je pouvais trouver en France sur Violette Verdy. Une fois ce travail de fond effectué, il m’a fallu faire des choix et retenir certaines œuvres plutôt que d’autres en fonction de son interprétation qui était le critère premier et de ma connaissance des chorégraphies. J’ai souhaité retracer sa carrière par ordre chronologique (sa carrière européenne, américaine, son mandat à l’Opéra de Paris et sa carrière de professeur) ; mais au sein de chaque période, j’ai dû trouver des logiques internes pour que le lectorat ne soit pas ballotté d’un chorégraphe à un autre. Dans le chapitre sur Balanchine, le cœur du livre, le regroupement le plus pertinent m’a semblé être celui d’une logique musicale, car Violette est une danseuse musicale ; c’est là le point de rencontre majeur avec Balanchine. "Il n’était pas musical, il était musicien", comme le dit Violette.
Peut-on parler d’une biographie ?
Pour moi ce n’est pas une biographie au sens traditionnel et anglo-saxon du terme, car j’élague tout à fait sa vie privée. D’une part, ce n’était pas le propos ; une biographie, sortie en 1978, a déjà été écrite par Victoria Huckenpahler. D’autre part, il m’aurait fallu plusieurs années et me rendre aux Etats-Unis. Il faudrait être américaine pour le faire ! Je parlerais volontiers d’une biographie artistique à travers les œuvres. Il s’agit de suivre un cheminement artistique et permettre de ne pas oublier la danse elle-même. Ma ligne directrice était de ne jamais oublier le mouvement, la composition, le geste. Je voulais faire sentir la patte de Balanchine dans ses emprunts, ses détournements et ses inventions. J’ai voulu entrer dans la qualité même de la danse de Violette.
Violette Verdy, Dominique Delouche & Florence Poudru, CND, 2008, 185 p., 35 €.