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Théâtre national de Chaillot

Gershwin à Chaillot

mercredi 7 janvier 2009,
par Madeleine Jondot


D’abord : la vidéo, élément identifiable du style Montalvo-Hervieu. Sur le grand écran constituant le fond de scène, les danseurs plongent et nagent la brasse, nus ou habillés. La fluidité et la légèreté aquatiques de l’image contrastent avec la danse en sol de la scène. Pendant toute la première partie de la pièce, c’est la joie de vivre, l’explosion des mouvements qui dominent : sauts, claquettes, humour, courses. L’explosion des contrastes aussi, chère au couple de chorégraphes. S’ensuivent ainsi dans un joyeux mélange, démonstrations de break dance, pirouettes sur pointes, air de Gershwin glouglouté et mimé par une danseuse en robe et talons rouges (Sabine Novel), numéro de séduction par une danseuse aux formes rondes (Katia Charmeaux) en maillot de bain rétro, munie d’un bonnet et d’un grand ballon roses. Soli, duos, trios s’enchaînent avec dynamisme. La rapidité et la virtuosité des notes jazzy des compositions de Gershwin se révèlent sous nos yeux : l’énergie est à la fois audible et visuelle.
Cette énergie atteint son paroxysme lors des scènes d’ensemble, sublimant les gestes des bras. Seulement, cette première partie n’a qu’un temps. Elle succède à une seconde partie, sombre et grave, les airs n’étant plus extraits des comédies musicales de Mr. Gershwin, mais de son opéra Porgy and Bess, créé en 1935 et mis en scène en juin 2008 par José Montalvo et Dominique Hervieu pour l’Opéra national de Lyon. Catfish Row, quartier fictif de Charleston et lieu du drame de l’opéra, succède à Broadway. Sans transition nous voilà dans l’univers de Porgy…, le noir et blanc sont de mise sur l’écran, ne restent sur scène que les danseurs noirs (selon le vœu de Gershwin, Porgy and Bess ne peut être interprété que par une distribution exclusivement noire). Le changement d’univers est abrupt – trop. L’énergie n’est plus la même. Construite sur le collage, la pièce s’arrête un temps dans cet univers. L’émotion gagne sur le célèbre air de Summertime, où l’écran projette simultanément la belle image d’un bébé pleurant. Mais la danse est absorbée par cet écran, elle s’efface presque.
La pièce s’achève dans l’éclat de la danse – et heureusement –, tous les danseurs étant rassemblés sur scène pour un dernier mouvement d’adieu.

Créé cet automne pour la Biennale de la danse de Lyon, Good Morning, Mr. Gershwin est dansé au Théâtre national de Chaillot jusqu’au 7 février 2009.

Également du 12 au 14 février 2009 - Théâtre d’Angoulême


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