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Grande halle de la Villette

Le fantastique 100 dessus dessous

Du mardi 10/06/2008 au vendredi 20/06/2008

par Thamin Abdesselam


Un superman de chambre, un Napoléon burlesque, un Steve Mc Queen déchu ou une aspirante à l’amputation : les mythes sont malmenés dans cette 9ème édition du Festival 100dd. Pour l’année des Folies à la Villette, la programmation des 9 compagnies de danse, théâtre, performance, pousse l’expérience à son paroxysme.

Depuis 2003, 100dd met en scène de jeunes artistes français et internationaux après les avoir accueillis en résidence. Choisis pour leur forme pluridisciplinaire, leur travail hybride et une interprétation résolument contemporaine du monde réel, ils se mettent en scène sous une forme actuelle.

Pour Frédéric Mazelly, à l’origine de la programmation, "distancer, dédramatiser l’actualité sociale et politique, les guerres, constitue le fil rouge du festival. " Les références à la culture populaire sont ainsi revisitées, sous une forme ironique, dans la dérision, et des mises en scènes insolites résultant du travail de laboratoire propre aux résidences.

Démarche politique et générationnelle

La présentation du festival a donné lieu à un extrait d’"Un inconvénient mineur sur l’échelle des valeurs", la pièce de Patricia Allio et Eléonore Weber, réunies pour une forme de talk show mêlant participation du public et utilisation fine et synchronisée d’interviews vidéo d’anonymes. Une jeune fille, jouée par Charline Grand, désireuse de plus de consistance dans sa vie, expose son irrésistible désir d’amputer l’une de ses jambes, tandis que Marc Bertin, tel un animateur de talk show, ponctue ce témoignage en balladant son micro dans le public pour recueillir des avis. Délicieusement ancrée dans la lignée des débats sordides et voyeuristes des prime time télévisés, la pièce donne à voir sous la forme du banal l’aspiration à l’amputation de cette personne, repue de la vie moderne et civilisée qui en vient à envier les mutilés des guerres "chirurgicales". Elles-mêmes banalisées et passées dans l’imaginaire collectif par le flux audiovisuel.
Les 10, 11 et 12 juin à 21h30

La suite de la programmation laisse présager autant de perspicacité et d’exquise acuité sur notre culture de masse.

Miet Warlop, "Grote Hoop / Berg : propositie 1 : Reanimeren" : Un imaginaire sans paroles, proposé à partir d’objets très simples une chaise, des vêtements. Poétique.
Les 10, 11 et 12 juin à 19h.

Luis Biasotto, "Bajo, feo y de madera (una pieza olvidada)" : Pour sa première apparition en France, le chorégraphe argentin met en abîme avec ironie les rapports entre le metteur en scène et ses interprètes.
Les 10, 11 et 12 juin à 20h.

Massimo Furlan, "(Love story) Superman", fait aussi référence à l’imaginaire collectif, à son enfance, ses obsessions. Le récit passe par une succession d’images discursives, et de situations comiques.
Les 14 et 16 juin à 19h, le 15 juin à 17h.

Christophe Fiat, "La jeune fille à la bombe", utilise le cinéma hollywoodien. Et dans un genre qui lui est propre, met en scène une extension de l’écriture et de la littérature dans une forme performative. La guerre, le terrorisme, sont abordés sur un mode décalé.
Les 14 et 16 juin à 21h, le 15 juin à 18h30

Une rencontre / débat est également organisée en marge du festival avec Christophe Fiat, le jeudi 29 mai à 19h : "Le coup de théâtre de l’antihéros". L’écrivain et performeur articulera singulièrement les relations possibles entre la littérature et la performance. A la Librairie du Parc - Actes Sud (Grande Halle de la Villette)

Kinkaleri, "The hungry March Show / Between a carrot and I", reprend sur un mode ironique le stéréotype du mythe de l’acteur à travers le personnage de Steve Mac Queen, héros déchu.
Les 18 et 19 juin à 19h.

Martin Bélanger, "Grande théorie unifiée", est performer. A travaillé notamment avec benoit Lachambre. C’est ici sa première pièce de groupe. Il tentera de cerner la grande théorie universelle qui rendrait compte de toutes les théories élaborées jusqu’à ce jour.
Les 18 et 19 juin à 20h.

Superamas, "Empire (Art & Politics)", présent pour la troisième fois dans le festival. Aborde cette fois un projet plus ambitieux avec 17 personnes sur le plateau. Une remise en question des faits historiques et politiques sur fond de culture pop.
Les 18 et 19 juin à 21h30

Cuqui Jerez, Cristina Blanco, Maria Jerez, Amaia Urra, "The Neverstarding Story", explorent les subtilités et les ficelles de la représentation. Programmées pour la deuxième fois au festival, elles présentent chacune une pièce différente plus un film, avec humour, dérision et un sens du plateau plutôt rare. Une grande épopée qui dure 5 heures !
Le 20 juin de 19h à minuit.

On est donc loin des supers héros, des idéaux de surpuissance et des pouvoirs magiques. Le genre fantastique est "renouvelé par un récit et une forme ancrés dans des références collectives" résume Philippe Mazelly. Une folie douce ou une lucidité extrême, à savourer du 10 au 20 juin à la grande Halle de la Villette.

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