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Théâtre des Champs-Elysées

Le grand retour des « Saisons russes » à Paris !

mardi 30 juin 2009,
par A. H.


En 1909, la danse devient l’étendard des Saisons russes et le Tout-Paris attend l’évènement avec impatience, dans une effervescence palpable. Aujourd’hui, la Fondation Madris Liepa a choisi de remonter ces ballets et de recréer l’évènement avec la venue du ballet du Kremlin et des étoiles du Bolchoï et du Mariinski. Balchoïé spassiba [1] !

Dimanche 21 juin 2009 – La foule se presse aux abords du Théâtre des Champs-Elysées. Les femmes sont belles et les hommes ont revêtu leurs plus beaux costumes pour l’occasion. Le théâtre résonne d’accents russes. Cette soirée de célébration du centenaire commence, étiquette oblige, par d’éternels remerciements adressés aux généreux mécènes et collaborateurs qui ont permis à ce projet de reconstitution des Saisons russes de voir le jour : Ministre de la culture de la Fédération de la Russie, Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de Russie en France, Andris Liepa, Président de la Fondation Madris Liepa, Andreï Petrov, Directeur du Ballet du Kremlin ainsi que l’ensemble des intervenants artistiques et techniques, sans oublier bien sûr l’Economic Union Bank ! Le tout dans un français tellement russe que le public ne peut s’empêcher de sourire, déjà sous le charme. La pénombre et le silence envahissent alors la salle.

Schéhérazade [2]
Le rideau de scène s’ouvre sur les décors chatoyants et colorés de Schéhérazade, premier ballet de cette belle soirée d’hommage. Le spectateur est d’emblée transporté dans un univers oriental imaginaire. Les danseurs évoluent au sein d’un harem richement décoré. Tout droit sortis d’un conte des mille et une nuits, les éléments du décor concourent à recréer l’impression d’opulence et le faste d’un Orient rêvé. Sur les sonorités chatoyantes de la partition de Rimski-Korsakov, trois danseuses en tenues légères roses pales dansent au milieu des eunuques, prenant des poses lascives et sensuelles.
Le Shah et son frère Shariar feignent de partir pour la chasse. C’est alors que les femmes décuplent leurs efforts pour séduire le grand eunuque et s’emparer des clés qui ouvrent les mystérieuses portes séparant les femmes des hommes. La transgression de cet interdit s’accompagne d’un déferlement de passions. Apologie du désir et des pulsions, Schéhérazade culbute les préjugés moraux. Le ballet représente le plaisir du sexe et de la transgression, la jouissance instinctive et dangereuse. Ilze Liepa dans le rôle de Schéhérazade campe une sultane dominante et fière. On la souhaiterait peut-être un rien plus sensuelle, notamment dans ses mouvements de bras. Nikolaï Tsiskaridze illumine la scène, non pas par son costume légèrement trop scintillant, mais par sa présence virile. S’éloignant des codes de la danse classique, Fokine laisse libre cours à l’expressivité. La violence et la brutalité triomphent dans les scènes d’orgie, servant l’agilité, la force et la vigueur des danseurs. Aujourd’hui encore, le public s’enthousiasme pour les instants de brio et ne peut s’empêcher d’applaudir à tout rompre les tours à la seconde parfaitement exécutés de l’esclave d’or interprété par Nikolaï Tsiskaridze.

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Irma Nioradze dans Thamar

Thamar [3]
Créé sur la scène du théâtre du Châtelet en 1912, Thamar est une véritable explosion de couleurs vert-émeraude, rouge écarlate, et bleu nuit. Le ballet commence et s’achève par un effet d’optique et de jeux de lumière assez spectaculaires dans une atmosphère verte fluo ! L’ombre étirée de la danseuse lui donne un aspect presqu’irréel. Elle s’évanouit petit à petit à l’horizon, dans les vagues du Terek sur la musique évocatrice de Mili Balakirev. Apparaît alors le décor d’une chambre d’un rouge très vif, peuplée de silhouettes masculines en costume noir. Le contraste est saisissant. La chorégraphie puise sa gestuelle dans le folklore du Caucase. Ce ballet met en scène une femme, reine de Géorgie, belle et séduisante, secrète et dangereuse. Le rôle-titre est interprété par l’étoile du Mariinski Irma Nioradze. Dès son entée en scène, la magie opère. Elle entraîne son amant dans un superbe pas de deux qui lui sera fatal.
Deuxième « femme fatale » de la soirée, Thamar est une belle illustration de cette féminité brutale et sensuelle à la fois. Avec Thamar, la mode de l’orientalisme s’enrichit du folklore national russe.

Le Boléro [4]
Le troisième et dernier ballet de la soirée nous emmène en Espagne. Une femme, encore, et une histoire de désir, aussi. Bien avant Maurice Béjart, Bronislava Nijinska, la sœur du célèbre danseur Vaslav Nijinski, avait déjà imaginé le Boléro dansé sur une table entourée de danseurs. La scène se passe dans une taverne espagnole. La danseuse sous les acclamations de l’assistance se donne en spectacle au milieu des hommes. La montée du désir accompagne l’intensité croissante de la partition de Ravel. D’abord seule, Ilze Liepa est très vite rejointe par quelques danseurs : un groupe de musiciens et un bel inconnu vêtu de noir interprété par Alexandre Tchernov. Le jeune ténébreux a tôt fait de s’approcher de la belle. Au fur et à mesure que l’orchestre gagne en puissance les danseurs se joignent au mouvement général et se mettent à danser autour de la table, dans une atmosphère de liesse générale. A la différence du Boléro de Maurice Béjart, la chorégraphie de Bronislava Nijinska est très proche de la danse espagnole traditionnelle. Mouvements de bras délicats, petits frappés de pieds, ambiance et frime [5], tout concourt à ancrer ce ballet dans une atmosphère toute espagnole.

Loin de s’en tenir à ces trois ballets, la Fondation Maris Liepa travaille également à la reconstitution du Pavillon d’Armide qui sera donné l’année prochaine [6]. Un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte !


Notes

[1] Merci !

[2] Schéhérazade a été créée en 1910. Chorégraphie de Mikhaïl Fokine. Argument d’Alexandre Benois. Musique de Nikolaï Rimski-Korsakov. Décors de Léon Bakst.

[3] Thamar a été créée en 1912. Chorégraphie de Mikhaïl Fokine. Argument d’après Mikhaïl Lermontov. Musique de Mili Balakirev. Décors de Léon Bakst.

[4] Le Boléro a été créé en 1928. Chorégraphie de Bronislava Nijinska. Musique de Maurice Ravel. Décors d’Alexandre Benois.

[5] Le terme de frime est lié à l’univers du flamenco, rappelant l’esprit flamboyant de la musique et l’argot par lequel les gitans étaient identifiés, c’est-à-dire à des frimeurs : flamancia (présomption, prétentieux).

[6] Les 5, 6 et 7 mars 2010 au Théâtre des Champs-Elysées : L’Après-midi d’un faune, Le Pavillon d’Armide et L’oiseau de feu.

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