samedi 17 janvier 2009,
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Avec sa toute dernière création, le chorégraphe interroge le regard du spectateur. Derrière la question "qui danse ?" il faut comprendre : qu’est-ce qu’un corps dansant ? Est-il celui qui est performant ? Résolument, non. En confondant amateurs et professionnels sur une même scène, Christian Bourigault répond par la singularité plurielle ou la pluralité singulière. Chaque corps danse. Mais avant d’arriver à la singularité éprouvée de chaque corps, celui-ci doit acquérir son individualité et se détacher du groupe. Qui danse ? Des corps ? Un corps ?
Le parti pris de Christian Bourigault est non seulement d’estomper la distinction entre amateurs et professionnels par une gestuelle simple, mais aussi de révéler des individualités au fur et à mesure que la pièce se déroule. D’un même mouvement de masse au commencement, on termine par des soli propres à chacun et dansés ensemble. Sur la musique percussive de Laurent Perrier ou dans le silence, est éprouvée ici la relation de l’individu au groupe. Des marches, des courses, des sauts sur place désordonnés ou à l’unisson. La coordination des mouvements du groupe est peu à peu déconstruite, chaque individu s’extrayant du chœur dansant.
L’individu et le groupe
Vêtus à l’identique au départ – dans l’anonymat : bonnet, lunettes de soleil, imperméable –, dos au public, les danseurs quittent un à un le chœur chorégraphique en retirant leur tenue passe-muraille. Chaque détachement, comme un rituel, se produit toujours de la même façon : le danseur place un miroir devant son visage et, comme si ce reflet lui faisait prendre conscience de sa singularité, retire son bonnet et entame son curieux strip-tease. Chaque détachement, chaque chute est choisie, volontaire. Imperméable enlevé, chacun est identifié à une couleur de vêtement : rouge, mauve, bleu, vert. L’individu est couleur. L’individualité n’est cependant pas encore acquise, il faudra passer par l’unité de chair : tous en sous-vêtements blancs ! D’un corps-matière, presque réifié – les corps s’entassent faisant écho au tas de vêtements entreposés –, la personnalité surgira. L’individualité passe par le groupe. La dernière étape de cette prise de conscience de soi s’effectuera par le choix d’autres vêtements et une séance de « rhabillage ».
La pièce commence comme elle termine. Alors que les danseurs viennent sur scène depuis les fauteuils de la salle, ils reviennent parmi le public. Au commencement un homme est seul, de dos et dans la pénombre avant d’être rejoint par les autres ; au final, un homme est seul en pantalon et marcel, en pleine lumière, dansant comme un fou, se roulant par terre, sautant, parcourant tout l’espace scénique, se l’appropriant entièrement. L’individu est seul.
Le pari de déplacer le regard du spectateur est pleinement réussi. L’uniformité des mouvements du début contribue ensuite à aiguiser l’œil sur la danse exprimée par chacun.
Qui danse ?, de et avec Christian Bourigault. Forum de Blanc-Mesnil, 1/5, Place de la Libération. Les 16 et 17 janvier 2009. 20h30. Tél. : 01 48 14 22 00. De 3,50€ à 16€. Théâtre B. M. Koltès, 200, av. de la République, bâtiment L, Université de Nanterre. Le 22 janvier 2009. 20h. Tél. : 01 40 97 56 56. Théâtre Saragosse, 17, av. de Saragosse, Pau. Les 3 et 4 février 2009. 20h30. Tél. : 05 59 84 11 93. Théâtre de l’Agora, Evry. Les 19 et 20 mai 2009. Tél. : 01 60 91 65 65.