mercredi 6 mai 2009,
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C’est à Chatou que les danseurs du groupe Incidence chorégraphique [1] répètent leur nouveau programme composé d’un ensemble de solos, duos et trios mixant des créations-maison [2] et deux classiques du genre, extraits de Roméo et Juliette (d’après Lavrovski) et de Giselle (d’après Coralli et Perrot, adaptation Petipa). Danzine était présent aux dernières répétitions sur scène.
Sept pièces pour sept danseurs. Deux matinées et une fin d’après-midi vont permettre de fixer le nouveau programme du groupe sur la scène du centre artistique Jacques Catinat. Entre deux répétitions de MC 14/22 ou White Darkness à Garnier, pendant un temps qui leur est chronométré, les danseurs, au compte-gouttes, viendront s’approprier ce nouvel espace en vue de l’unique représentation du 24 mars au soir [3] . Aux commandes des répétitions : Bruno Bouché, le directeur artistique, épaulé par Anne Roudiy, la régisseuse du groupe.

Premier jour : les lumières
À deux jours de la première, l’ambiance est calme et détendue. Dimanche 22 mars : place au réglage des éclairages avec Anne Roudiy. Ce matin, Bruno Bouché est accompagné d’Aurélien Houette, Sujet. Ils ont apporté les deux seuls accessoires pour l’ensemble de la programmation : la croix de Giselle et une chaise qui servira pour Entre d’eux. Les décors sont pour le moins minimalistes, d’où l’importance de l’éclairage que l’on mesure difficilement en tant que spectateur. Pendant qu’une table pour la technique est installée en haut de l’amphithéâtre, on s’assoit discrètement dans l’obscurité de la salle. Le plateau s’éclaire.
Aurélien Houette, en tenue de ville, est seul sur la petite scène. Les questions fusent : « C’est praticable ? Les latéraux ne sont pas trop forts ?… Tu peux marcher un peu partout en descendant et en remontant ? » lance Bruno Bouché depuis la régie. Différents essais-lumière sont mis en place. Tout est une question de dosage. Les rasants ne doivent pas éblouir, mais pour autant ils doivent rendre, depuis la salle, le visuel souhaité. Après Incidence, trio de et avec Bruno Bouché, on passe à Entre d’eux, puis à Giselle. Pour les lumières, la présence de tous les danseurs n’est pas nécessaire. Les essais s’enchaînent sans pause. Arrivent Muriel Zusperreguy, Première danseuse, et Nicolas Paul, Sujet, pour Nun komm’ der Heiden Heiland. « Ce court solo est une étude chorégraphique qui résulte de la traduction en mouvement de ce que j’ai ressenti à l’écoute de la musique de Bach, confie Nicolas Paul. J’ai fait appel à une gestuelle instinctive. Ce sont des mouvements qui requièrent de la force, mais la puissance corporelle est à dépasser pour arriver à une fluidité beaucoup plus féminine. C’est une pièce faite pour une femme. »
Depuis 2005, cinq danseuses du Ballet de l’Opéra de Paris l’ont dansée. Aujourd’hui, c’est au tour de Muriel Zusperreguy de reprendre le solo. « Muriel l’a déjà interprété en octobre dernier. Pour cette reprise, il nous a fallu deux semaines de travail pour le peaufiner. Nous nous sommes vus entre les répétitions officielles : un petit peu le matin, un petit peu le soir, précise le chorégraphe. Cette pièce vit de l’accumulation du temps. À chaque fois que je la travaille avec un nouvel interprète, je fais quelques petites retouches sans pour autant changer la trame générale. Je ne veux pas imposer : c’est toujours une discussion corporelle. Adapter à l’interprète est un jeu qui m’amuse beaucoup ! »
13h30 : fin des réglages de Nun komm’ der Heiden Heiland.
Deuxième jour : travail en huis clos
Tôt le matin, Bruno Bouché est venu répéter Scarlatti solo (2008). « Cette pièce joue sur la répétition des mouvements. Quand on commence à chorégraphier, on se dit qu’il faut faire des choses nouvelles, montrer que l’on regorge d’idées. Pour ma part, je préfère jouer sur le recommencement, explique Bruno Bouché. Pina Bausch qui a ouvert mon imaginaire chorégraphique, a construit des solos sur trois ou quatre phrases qui se reproduisent indéfiniment et c’est sublime. » Survêtements enfilés, serviette posée sur le sol, l’échauffement commence. Après l’installation par Anne Roudiy d’une ambiance de bleu et de latéraux chauds, le danseur marque l’enchaînement des pas. Il travaille la mémoire : un enlacement de mains, un port de bras esquissé, un élan est donné, puis soudain s’interrompt. Replacement. La fluidité de sa silhouette attire le regard. Essais du top-son donné par Anne Roudiy : la musique doit commencer sur un relâché, « pas avant, pas après ».

Aurélien Houette et Alice Renavand sont arrivés. Dans une robe bleue, achetée la veille, la danseuse tourne. « Parfaite ! » s’exclame Bruno Bouché. Trouvée in extremis, la robe est adoptée. On passe à la mise en place du trio Incidence, créé tout spécialement pour ce programme. La répétition est filmée. À certains moments, Bruno Bouché cesse de marquer et donne quelques corrections. Alice Renavand suggère de ne faire que deux pirouettes pour favoriser la coordination du trio. « Entre danseurs, on se corrige, chacun a un regard sur tout. Le groupe, c’est avant tout des rencontres avec des gens que l’on aime et c’est en cela que l’exigence artistique peut être la meilleure, confie Bruno Bouché. On se choisit. » Amitié, respect mutuel, passion du métier au quotidien soudent le groupe Incidence chorégraphique, dont le nombre de danseurs varie entre 8 et 12.
La chaise est installée côté cour, vient Entre d’eux avec Alice Renavand et Aurélien Houette. Bruno Bouché est monté à la régie. Les deux filages successifs de la pièce se déroulent sans ombrage, les rouages de la chorégraphie sont bien en corps.
Troisième jour : l’effervescence
L’ambiance est toujours aussi détendue, mais moins calme : il est 17h et la représentation est dans un peu moins de quatre heures ! Il reste encore à passer sur la scène : Giselle, Mac Air-pas de deux, Vivre avec et Roméo et Juliette ! Plusieurs danseurs sont présents ; ils s’installent dans les loges ou regardent les répétitions en attendant leur passage.
À propos d’une arabesque du pas de deux de Giselle, les interrogations et les impatiences se font sentir : « Je sens que tu la montes, tu la montes, mais à un moment il faut qu’elle s’arrête ! » lâche avec bienveillance Bruno Bouché à Aurélia Bellet, sa partenaire (Sujet). « C’est mieux quand tu penches davantage et que je sens ton poids. » Réajustement. Aurélia Bellet ne quittera pas ses pointes pour enchaîner avec Josua Hoffalt (Sujet) sur la chorégraphie Mac Air (2009) de José Martinez. Cabrioles, portés, attitudes, le duo sur la musique de Scarlatti est exécuté avec fraîcheur, sans fatigue. Pendant ce temps, Ghyslaine Reichert (Coryphée) a passé la robe fluide, mordorée de Vivre avec. « C’est un solo que j’ai chorégraphié pour Ghyslaine, à partir de sa personnalité, raconte Bruno Bouché. Les phrases que l’on entend sont des paroles de Ghyslaine qui ont été retravaillées par Karine Niclas [4]. »
Ce solo de composition, créé en 2007, est rapidement réglé ; lumières, musique : tout concorde. Les répétitions sont dans les temps et il ne reste plus que le réglage des lumières de Roméo et Juliette. Seul Josua Hoffalt est sur le plateau, sa partenaire, Muriel Zusperreguy, arrivera plus tard. Les danseurs partent dans les loges et décompressent avant la représentation : il est 18h45. Mais les répétitions ne sont pas terminées pour tout le monde !

Restent sur scène Aurélien Houette et Bruno Bouché pour Incidence. Après le visionnage-caméra de la répétition de la veille, Bruno Bouché souhaite revoir quelques détails : « Pendant le tour sixième, le pied gauche est flexe… Autre chose aussi : pendant la diagonale, c’est le bras droit qui te fait faire tout le mouvement : fais-le vivre ; il te donne la respiration, tu le sens ? » indique Bruno Bouché. Aurélien Houette réajuste.
19h : place au nettoyage du plateau. Les techniciens s’affairent. Balais, échelle : tout l’attirail est de sortie pour laisser aux danseurs une scène propre avec un éclairage au point. Dans les loges, Aurélien Houette mange. On ose le déranger. « Le groupe m’apporte l’occasion de danser sur des scènes complètement différentes de l’Opéra de Paris et d’aborder un répertoire nouveau. L’appartenance au groupe développe un sentiment d’initiative et d’adaptabilité, ce qui est très agréable. Pour ce soir, les conditions sont particulières : je dansais hier La Troisième Symphonie (de Mahler, chorégraphiée par Neumeier), cet après-midi j’étais encore à l’Opéra, donc il va falloir se canaliser. Mais l’excitation va arriver très vite ! Que la salle soit immense ou minuscule, on est toujours au centre des lumières, on sent toujours le public. L’excitation est exactement la même, il n’y a aucun doute là-dessus ! »
19h30 : Bruno Bouché répète son solo. Un danseur s’échauffe, d’autres arrivent. Pour Anne Roudiy, la pression monte d’un cran. Elle doit encore s’assurer que tout est en place, qu’il n’y aura pas de « pépins ». « Pendant le spectacle, je vais donner les tops-son et entre chaque ballet, je m’assure que les danseurs sont bien prêts – je communique avec les coulisses grâce à un intercom. Là (elle regarde l’heure), il est 20h15 et il me tarde que tout soit fini ! Je serai soulagée dans deux heures. Je ne suis pas visible de la salle, mais si je me trompe, je plante complètement le morceau : si j’envoie le noir trop tard, c’est ridicule et si je rate le top-son, c’est fichu ! Pour moi le spectacle a déjà commencé. Je crois que c’est comme pour les danseurs. » On quitte Anne Roudiy, les premiers spectateurs entrent dans la salle. Les feux vont pouvoir briller !
Prochaines représentations d’Incidence Chorégraphique :
Festival de Danse
Orangerie de Roissy en France
Vendredi 15 mai 2009 à 20h45
01 34 29 48 59
http://www.roissyenfrance.fr/
Istanbul
Art Concil Institut
Mercredi 20 mai 2009
Festival Danse en Place
Place nationale de Montauban
Samedi 1er août 2009
05 63 21 02 40
Israël
Kamiel Dance Festival
Mardi 4 août 2009
http://www.karmelfestival.co.il/ind…
Tel Aviv
Suzanne Dellal Center
Mercredi 5 et vendredi 7 août 2009
http://www.suzannedellal.org.il/vie…
[1] Constitué uniquement de danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris avec l’aimable autorisation de Brigitte Lefèvre, Directrice de la danse.
[2] Créations des trois principaux chorégraphes du groupe : Bruno Bouché, Sujet, José Martinez, Étoile, et Nicolas Paul, Sujet, auxquelles est venu s’ajouter le duo Entre d’eux de l’Étoile Kader Belarbi créé en 2004.
[3] Une seconde représentation a eu lieu le 28 mars à Fontainebleau.
[4] Fondatrice de l’association l’Art du sablier, première association productrice du groupe.