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Anurekha Ghosh, danseuse et chorégraphe de kathak, a présenté les 27 et 28 mars derniers à l’Auditorium Guimet sa création Abhisarika. Accompagnée par Henri Tournier (flûte bansuri), Michel Guay (sitar), Sudarshan Channa (tabla) et Kimly (tanpura), elle a plongé le spectateur dans un environnement sonore de variations tonales avec jeux de pied et son de grelots aux chevilles. Éclairage sur la danseuse et son art par Hubert Laot, directeur artistique de l’Auditorium.
Pouvez-vous définir le kathak dansé par Anurekha Ghosh ?
Parler de kathak pur, relié à une école donnée, est un peu compliqué quand il s’agit de Anurekha. Son kathak est singulier et rassemble plusieurs influences. Anurekha vient de Calcutta et a, au départ, été formée à l’école de Bénarès. Ensuite, elle a poursuivi sa carrière en Angleterre où elle a rencontré Nahid Siddiqui, danseuse pakistanaise, beaucoup plus proche du kathak de Lucknow (école caractérisée par le mime et la gestuelle des mains). Nous avons donc déjà l’influence de deux écoles de kathak différentes sur les trois principales (on compte encore l’école de Jaïpur). Anurekha est, en outre, maître de Kalaripayatt, l’art martial indien par excellence, très chorégraphié, et la disciple de Jayita Pandey, une grande chanteuse de Bénarès. Elle s’intéresse aussi au flamenco et à la danse contemporaine européenne. Ce n’est pas une simple danseuse de kathak qui ne pratiquerait qu’un art. Elle en pratique plusieurs.
Comment caractérisez-vous Abhisarika, la pièce présentée à l’Auditorium ?
Il ne s’agit pas de kathak contemporain comme elle a pu déjà en présenter à l’Auditorium. Abhisarika est une pièce traditionnelle, avec les trois parties du kathak. Le spectacle commence par le vandana qui est la cérémonie rituelle, la bénédiction. Ensuite, vient ce qu’on appelle l’abhinaya quand, à l’aide des gestes des mains, des expressions du visage et du port de tête, la danseuse raconte l’histoire. La troisième partie est la partie rythmique ; le rythme est d’abord donné avec la voix – la danseuse chante des onomatopées traditionnelles –, puis est repris avec les pieds. La danseuse indique le rythme de départ et le tabliste (le joueur de tabla) lui donne la réplique. C’est un véritable dialogue qui s’instaure à ce moment-là entre Anurekha et le percussionniste, Sudarshan Channa.
On reste dans le registre du traditionnel. À l’heure où certains déplorent la perte de l’essence du kathak, y a-t-il une évolution dans la tradition ?
On parle de tradition, mais le kathak a beaucoup évolué au fil du temps. Originaire de l’Inde du nord, c’était, au départ, une danse de temple, comparable aux six autres danses classiques de l’Inde (le bharatanatyam, le kathakali, l’odissi, le mohini attam, le manipuri et le kuchipudi), qui racontait la vie des Dieux, comme celle de Krishna par exemple. Les danseurs de kathak étaient des hommes. Cette danse a été complètement modifiée avec l’arrivée des Moghols au XVIe siècle. Peu à peu des femmes se sont mises à danser et les lieux se sont déplacés : du temple, on est passé à la cour des empereurs moghols, mais aussi à celles des maharadjas hindous. Depuis le kathak n’a cessé d’évoluer et se différencie de cette façon des danses de l’Inde du sud telles que le bharatanatyam et le kuchipudi. À partir de deux constantes : les pirouettes ou les tournoiements (appelés bhramari) et la percussion des pieds, chaque disciple invente son kathak.